Vie culturelle

Réfléchir à l'identité au festival "Traces de Vie" de Clermont-Ferrand

Par JULIE MONNIER, publié le samedi 6 janvier 2024 19:07 - Mis à jour le vendredi 28 juin 2024 11:11
Festival Traces de Vie
Grâce au soutien de la Région AURA et au dispositif Lycéens au cinéma, 2 classes ont assisté à la projection du film « La Disgrâce », en présence du réalisateur Didier Cros et de Gaëlle Message, protagoniste du film, le lundi 27/11 à Clermont.

Cette sortie s'inscrit dans le dispositif Lycéens au cinéma : les classes iront ensuite voir trois films du patrimoine mondial au cinéma de Tarare. La Région offre un financement pour transporter une classe vers un festival de cinéma au choix de l'établissement. Les 1ère HLP et les élèves de l'atelier cinéma ont également profité de ce transport pour participer au Festival.

Le Festival Traces de vie porte sur la découverte de films documentaires, donc une autre forme de cinéma, plus proche du réel, mais qui fait tout de même appel à des dispositifs de mise en scène. Départ en fin de matinée pour la Maison de la Culture de Clermont-Ferrand. Arrivés tôt, les élèves de Tarare sont installés dans les premiers rangs, tout près de la scène. Le film documentaire proposé s'intitule "La Disgrâce" : un sujet difficile, la défiguration, est au coeur de ce film, tourné dans les locaux des célèbres Studios Harcourt. Parler de la défiguration, c'est parler étrange, dit l'un des témoins : « on a toujours une figure » même monstrueuse, même abîmée, on garde « une figure »

Ce film donne la parole aux faces détruites, aux identités déglinguées par le hasard ou la destinée. Figures malformées de naissance, visages ravagés par les accidents de la vie. Comment vivre sous le poids de la différence ? Par quoi doit-on passer pour accepter ce que l'on est et le faire admettre aux autres ? Qu'est-ce que la singularité la plus dérangeante peut nous dire de notre humanité commune ? (source : Film-documentaire.fr)

Les échanges avec le réalisateur ont permis de comprendre sa démarche documentaire : il a expliqué la difficulté à trouver des personnes volontaires pour cette expérience car il n'existe pas d’association qui regroupe des gens au visage abîmé, son choix de ne pas montrer de photographies avec leur visage "d'avant".

Didier Gros désirait avec ce film transcrire une humanité commune à tous, mais aussi parler de parcours de vie atypiques extrêmement forts, parler de courage, de la beauté (« il n’y a pas de beauté intérieure »). Il veut montrer les blessures, ne pas cacher mais magnifier, donner une certaine beauté au visage abîmé, reconstruit, chargé de cicatrices. Il voulait amener dans ce prestigieux studio photo parisien des personnes qui sont invisibles, voire qui préfèrent se cacher.

Pour les 5 témoins, il s'agit de se réapproprier son image à travers un portrait Harcourt, dans un parcours de reconstruction, une forme de sublimation par une belle image qui questionne l’identité.

Le réalisateur amène les protagonistes à une démarche réflexive sur eux-mêmes : interview dans le miroir, comme une mise en abyme.

Chaque témoin du film a un photographe différent : une volonté de départ, le réalisateur a essayé de créer des duos « modèle / photographe ». Ils ont été accueillis avec beaucoup de bienveillance au studio.

Pour faire un documentaire avec 5 témoins, le réalisateur a rencontré de nombreuses personnes pour comprendre le sujet, définir l’angle pour traiter le sujet, pour créer une relation avec les différents témoins, établir une relation de confiance.

Montage : le réalisateur donne du sens aux mots échanger sur une après-midi en sélectionnant quelques-uns des moments.

La difformité n’apparaît que dans un contexte social. « Seul sur une île déserte, je ne me sentirais pas différent ».

Quand on croise quelqu’un qui n’est pas standard, dans les normes, on a tendance à avoir un regard condescendant. Après avoir été concerné soi-même, le regard change et change tout l’entourage.

Reconversion de Gaëlle : de responsable marketing elle est devenue ergothérapeute, car elle avait besoin d’un métier davantage tourné vers les autres, vers l’humain.

L’idée du titre était présente avant que la phrase soit prononcée par Stephane dans le film. Quand on vit avec un visage abîmé, on n’y pense pas sans arrêt, mais le regard des autres vous y renvoie sans cesse.

Souvent les personnes qui portent ce handicap tentent de mettre les autres à l’aise, alors que ça devrait être l’inverse.

Les échanges avec Gaëlle, rescapée des attentats du Bataclan, ont permis de mesurer la difficulté de son parcours de reconstruction (48 opérations), les regards des proches comme des inconnus sur ce nouveau visage, mais aussi sa force de caractère. Une expérience forte qui questionne notre rapport à l'anormalité, et donc à la norme.

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